Les tensions montent dans l’industrie du jeu en France. Alors que l’AFJEL réclame de nouveau une régulation des casinos en ligne pour lutter contre l’essor du jeu illégal, les opérateurs terrestres montent au créneau. Regroupés sous le syndicat Casinos de France, ils s’opposent frontalement à cette idée. Entre études contradictoires, arguments économiques et inquiétudes sociales, le fossé se creuse dans un secteur bousculé par la montée de l’offre illégale.

AFJEL relance le débat sur la légalisation des casinos en ligne
Lors de son assemblée générale à Paris, l’Association Française du Jeu en Ligne (AFJEL) a remis sur la table un sujet explosif : la création d’un cadre légal pour les casinos en ligne en France.
Son président, Nicolas Béraud,par ailleurs à la tête de Betclic, géant européen des paris sportifs,a insisté sur un point clé : “le marché illégal explose et l’absence de régulation empêche les opérateurs autorisés de rivaliser”.
Selon une étude dévoilée par l’AFJEL, 5,4 millions de Français jouent aujourd’hui sur des sites illégaux, soit une progression de +35 % en deux ans. Les jeux de casinos sont de loin les plus concernés, suivis par les paris e-sport non autorisés.
Pour l’association, la solution passe par une légalisation des casinos en ligne. Elle offre des avantages :
- tarir l’offre illégale,
- proposer une alternative légale attractive,
- harmoniser les règles au niveau européen,
- et créer un cadre fiscal cohérent.
Une fiscalité jugée contre-productive par les opérateurs en ligne
Nicolas Béraud a vivement critiqué certaines mesures fiscales récentes, notamment la taxe de 15 % sur les dépenses marketing des opérateurs (entrée en vigueur en juillet).
Selon lui, cette taxe met en péril le sponsoring sportif, alors même que les pouvoirs publics poussent les clubs à trouver davantage de financements privés.
Les critiques portent sur trois incohérences majeures :
- le secteur du jeu en ligne serait le seul sponsor taxé sur ses investissements,
- les clubs seraient privés d’un soutien essentiel,
- l’industrie légale perdrait en compétitivité face aux plateformes illégales qui, elles, ne paient aucune taxe.
Casinos de France monte au créneau
La réponse du camp adverse ne s’est pas fait attendre. Casinos de France (CdF), syndicat professionnel regroupant les acteurs terrestres du secteur, a publiquement rejeté les analyses de l’AFJEL. Par la voix de son président, Grégory Rabuel, par ailleurs directeur général du Groupe Barrière, il a dénoncé une vision jugée dangereuse pour les territoires.
Selon le syndicat :
- la légalisation des casinos en ligne détruirait des milliers d’emplois,
- mettrait en péril de nombreuses salles physiques,
- réduirait les recettes municipales liées aux casinos terrestres,
- fragiliserait l’activité culturelle et touristique de nombreuses communes.
Les casinos terrestres affirment que la légalisation provoquerait un manque à gagner net de 546 millions d’euros pour l’État, en tenant compte des pertes économiques indirectes (emploi, santé, collectivités).
En outre, ils soulignent que l’argument majeur de l’afjel ne tient pas la route. En effet, le syndicat rappelle qu’aucun pays ayant légalisé les casinos en ligne n’est parvenu à faire disparaître l’offre illégale.
Un “mirage fiscal” selon Grégory Rabuel DG du groupe Barrière
Le président de Casinos de France et DG du Groupe Barrière, Grégory Rabuel, estime que les projections fiscales avancées par l’AFJEL, notamment les 1,2 milliard d’euros de recettes potentielles qu’apporterait la légalisation des casinos en ligne, ne reposent sur aucun fondement sérieux.
Pour lui, “cette manne n’existe pas. Au contraire, c’est l’État qui serait perdant. Entre destructions d’emplois, baisse des budgets locaux et impact sanitaire, la facture serait immense’.
En d’autres termes, les chiffres publiés dans les rapports de l’Afjel ne reposent sur rien, ils sont sortis du chapeau !
L’AFJEL défend ses chiffres : “Le marché illégal dépasse déjà le marché légal”
Face aux attaques, l’AFJEL affirme que, bien au contraire, son analyse sous estime l’empleur du problème. Sa porte-parole, Isabelle Djian-Lignon, rappelle un fait inquiétant :
“Il y a aujourd’hui davantage de joueurs sur le marché illégal que sur le marché autorisé. Le phénomène est devenu endémique.”
Un constat que partagent de nombreux intervenants du secteur : sans régulation des jeux de casinos en ligne, impossible d’offrir une alternative légale suffisamment compétitive pour détourner les Français des plateformes illégales.
Vers une politique plus cohérente ?
Lors de son assemblée, l’AFJEL a formulé plusieurs axes de réforme.
- un cadre législatif clair pour les casinos en ligne,
- une fiscalité stable et adaptée,
- une coopération européenne renforcée contre les opérateurs illégaux,
- la possibilité pour les opérateurs légaux d’innover pour concurrencer l’offre non autorisée.
L’objectif annoncé : assurer la protection du joueur, préserver le financement du sport, et sécuriser un marché devenu incontrôlable.
Le secteur des jeux en France à la croisée des chemins
La confrontation entre l’AFJEL et Casinos de France montre à quel point la question des casinos en ligne divise.
D’un côté, les opérateurs en ligne alertent sur l’explosion du marché illégal et l’urgence de proposer une alternative légale.
De l’autre, les casinos terrestres redoutent une concurrence dévastatrice pour l’emploi et les territoires.
Une chose est sûre : avec plus de 5 millions de joueurs actifs sur des plateformes illégales, la France ne pourra pas éviter ce débat encore longtemps.

Bertrand Robert est un rédacteur expérimenté dans le domaine des jeux d’argent en ligne et des casinos en lignes.